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Récit de François Roy
Salut,
Voici donc
comme promis à certain d'entre vous, un p'tit résumé des événements et des
sensations qui se sont déroulées le dimanche 27 juin dernier à Coeur
d'Alene, Idaho.
Ce projet a
commencé tout doucement alors que je me suis inscrit pour mon premier 1/2
IronMan à Montréal il y a 2 ans. Faire un ironman, ç'avait l'air
intéressant. Et plus on lis sur le sujet, plus on s'aperçoit qu'il y a une
aura presque mythique autour de cette épreuve. Çà m'allait bien. J'allais
pouvoir avoir des "bragging rights" à vie.
Après des
inscriptions infructueuses à Penticton & Lake Placid, j'ai finalement réussi
à m'inscrire au IronMan Coeur d'Alene. Puis j'ai sorti ma carte et je me
suis rendu compte que c'était loin en criss ! Qu'à cela ne tienne, je me
suis booké un billet d'avion en classe affaire et un magnifique motel
holiday inn express..yeah !
Mon
entraînement a souffert pas mal depuis cet hiver. Le volume était là mais
pas avec la même intensité. Mais c'étais pas trop grave. Je n'avait plus
d'objectif de temps. Faire ce IronMan était plutôt devenu une occasion de
vivre une expérience de vie, de débuter un nouveau chapitre de ma vie, de
........bon j'pense que vous avez saisi.
22 juin - je
shippe mon bike via FedEx. J'ai un peu peur que lorsque je remonterai ma
bicyclette, j'aurai plutôt un rack à épice ! En plus c'est cher en maudit
(325$ juste pour l'aller !)
23 juin - je
pars de dorval...et je manque ma connexion à Chicago. BRA - VO ! Le
lendemain, toute une procession commence (chicago-seattle-spokane puis
finalement une ride en char jusqu'à Coeur d'Alene). çà me prend la journée.
J'arrive fatigué mais heureux
24 juin -
yeah, j'ai remonté mon bicycle comme il faut. Pendant que tout le monde se
soule la gueule au party de la st-jean, moi je bois du gatorade pour le
carbo-loading. Je me suis fais quelques amis et franchement, on a l'air
d'une secte avec nos poudres secrètes.
Coeur
d'Alene est une p'tite ville de riche. Un peu comme Tremblant mais sans
grandes montagnes. Il fait autour de 95-100 F et un gros soleil nous plombe
dessus.
25 juin - je
vais chercher mon sac d'inscription. 1800 athlètes font comme moi. Mais
IronMan North America est une grosse machine bien rodée. C'est moins pire
que de faire la file au Grand Tour. Après avoir visité, d'innombrables
tables (bracelet, photo, assurances, licence d'un jour, sacs de transitions,
posters, ...c'est direction l'Expo.
L'Expo c'est
un regroupement de grosses tente avec plein de commanditaires qui donnent des
goodies et vendent leur marchandise. Le triathlète américain moyen gagne
dans les 6 chiffres. Çà parait en maudit car c'est le royaume de la
consommation. Tout le monde vend des p'tites bébelles censées te faire aller
plus vite. Et la frénésie t'emporte facilement pour tout acheter ce que tu
vois. J'en suis convaincu, il y a de nombreuses personnes qui regardent
aujourd'hui leur coffee Mug ben laide à l'effigie du ironman et qui se
demandent pourquoi diable ils ont acheté çà !! J'ai moi-même dépensé 300$ en
un temps record. Mais bon, c'est un nouveau chapitre de vie alors ...
Je passe
aussi la moitié de la journée à faire mes sacs de transitions pour aller les
porter demain. C'est toute une discipline. J'ai l'impression que le ironman
est déjà commencé
26 juin -
tout le monde est supposé se reposer. Mais en me promenant en auto, il y a
plein de gens en vélo ou qui ont l'air de courir pas mal longtemps. Ils vont
certainement le regretter demain ! Moi je regarde ER, Judging Amy, ...puis
je fais comme tout ces toto-pas-de-tête et je pars moi-aussi en vélo. Je
reviens satisfais après une mini-ride. Maintenant au moins, je suis certain
que mon vélo est en bon état de marche. Je vais porter mon bike et mes sacs
de transition. Je tente de me coucher de bonne heure.
27 juin- 4h,
je me lève au son du tonnerre et des orages électriques. Première réaction,
mettre au rancard mes goggles fumée et sortir mes gogles transparentes.
L'eau du lac risque d'être froide et noire ce matin ! Je mange mon gruau
sans appétit. Juste avant de partir de ma chambre, je me dis que là j'ai le
droit de commencer à être nerveux. J'arrive sur le site à 5h30. Y'a déjà
plein de monde et une énergie qui est palpable. Mais étrangement, je suis
très calme. Juste dropper les 5 sacs de transitions est une job en soit.
Puis c'est le wet-suit et direction vers le lac. L'appel des athlètes a déjà
commencé. Il y a PLEIN de spectateurs. J'ai l'impression que la ville en
entier est là. Il me semble que j'oublie quelque chose mais bon..c'est
probablement rien de grave.
6h45
L'hélicoptère nous survole en nous filmant. L'animateur parle d'une voix
forte. Les nuages s'en vont comme si çà faisait parti d'un programme
longuement répété. Tout les age-grouper sont sur la plage et les élites dans
l'eau à 100 mètres du bord. Contrairement à mon 1/2 ironman, je suis pas
nerveux. Comme le dit une réplique d'un film connu "Ignorance is bliss".
7h On part.
1800 personnes se jettent à l'eau. Je reste un peu derrière question de ne
pas trop recevoir de coups pour rien...jusqu'à ce que je m'aperçoive que
tout le monde veut faire comme moi. Y'a personne qui semble vouloir nager
matin. Alors j'y vais. Y'a beaucoup de monde, l'eau est à 68 F. Je prend
donc bien mon temps pour bien respirer et ne pas laisser la froideur de
l'eau me couper le souffle. il y a 3.8km à faire (2 loops).
Çà fait pas
500m qu'on fait que déjà il y a un sauvetage près de moi. Un bonhomme
hyper ventile complètement. La sécurité est assez tight mais il me semble que
çà prend du temps avant qu'un kayak de sauveteur se pointe (imagine le
bonhomme). Deux participants aident le presque noyé et tout le monde
continue. Par 3 fois ce scénario se répète. Il y a un segment de près de
1000m ou les vagues sont plus prononcées. On nous a dit que c'était 110
pieds de creux à cet endroit (il y a des détails que l'on préférerait
oublier ). J'alterne crawl, brasse et marinière. Mais plus çà avance, plus
je fais de crawl. On dirait que je pogne le beat...hey j'aime même çà...hey
je suis bon et je glisse dans l'eau...AH FUCK, IL ME RESTE ENCORE 1 LOOP !
Finalement,
je sors de l'eau. Good, je suis pas dernier. çà m'a pris 1h37 ! Çà ressemble
à ma prédiction. Je cours jusqu'aux peelers (des bénévoles qui t'enlèvent
ton wet-suit). Puis go-go dans la tente pour se changer en kit de vélo et je
pars en fou. La foule nous acclame. Il y a un crash assez grave. Moi je dois
me forcer à ralentir. Après tout, il y a 180km à faire. je prend donc un
swing de ma bouteille...AH FUCK, J'AI OUBLIÉ DE LES REMPLIR
HIER..Stupide..stupide...stupide. je le savais que j'oubliais quelque chose
! Une vraie faute de débutant (puis je me dis que je suis justement çà..un
débutant).
J'attend
donc le 1er aid-station pour les remplir. Je dois m'arrêter pour çà.
Heureusement, ce sont des Cheerleaders qui sont là. Ben tant qu'à se faire
aider, autant que ce soit par une jolie fille. Je repars et çà va bien. Là
je suis dans mon élément. Il fait très chaud mais couché sur mon vélo en
titane , je roule, je grimpe, je file comme le vent. Après 90km, la peur me
prend. J'ai une douleur très vive au pied gauche. j'ai peur à la fascéïte
plantaire. Je m'arrête donc pour masser mon pied quelques minutes sous le
chaud soleil pendant que d'autres compétiteurs me passent. Puis je redémarre
mais seulement à une jambe durant 15 km. C'est pas évident mais çà paye. bon
c'est vrai, j'ai du me traîner à 20 km/h durant 10km mais au moins, ma
douleur au pied disparaît. Pas de crampes, pas de maux de dos. J'ai réussi à
pisser en roulant. Je me suis crèmé en habitant car j'étais pressé. Je sens
que j'ai un coup de soleil sur les bras et dans le dos. À un aid station, je
demande donc à me faire crèmer. Une bénévole se pitche littéralement sur moi
et m'enduit de crème pour ensuite me masser avec un plaisir évident. Un des
phantasmes que j'avais à 15 ans vient de se réaliser !
Je roule
conservateur mais je termine en bonne shape. Çà m'a pris 6h45 . Pas si pire
étant donné mes arrêts et le parcours technique.
Bon, hop
dans la tente pour un dernier changement en kit de course à pied. Il fait
très chaud. Çà me tente pas du tout d'aller faire un marathon. Avec mes
périostites, je dois absolument marcher l'entièreté de ce parcours. Je me
permet quelques segments à la course mais pas beaucoup. Bien honnêtement, çà
fait mon affaire (mais c'est un secret entre vous & moi). Beaucoup
d'encouragements sur le bord de la route. Je fais mon premier 21 km sans
réelles difficultés. À la vitesse où je vais, c'est pas trop surprenant.
Mais à partir de là, les ampoules se mettent de la partie. Mes Compeeds me
déchirent les pieds et c'est vraiment souffrant. J'ose pas enlever mes
souliers de peur d'y voir beaucoup de sang. Malgré la douleur, je continue
car c'est pas çà le pire. Je suis en train de bonker. J'en suis maintenant à
33km. Il commence à faire noir. Les gels, les pretzels, le coke, le bouillon
de poulet...çà fait tout un mélange dans l'estomac qui ne passe pas. C'est
comme si la bouffe se rendait pas au sang. Je marche en prenant de grandes
respirations. Pour la première fois, je considère l'abandon. Pas p-c-q je
veux lâcher mais plutôt p-c-q je pense que je vais tout simplement
m'évanouir et qu'ils vont devoir me ramasser. Çà dure près de 1/2h. Puis je
mange un baker's cookie. J'ignore si c'est circonstanciel ou si c'est
vraiment le biscuit mais çà me ramène. Youppi, je n'ai plus qu'à me
concentrer sur la douleur de mes ampoules. Mais au moins, je sais que je
vais finir en bonne shape.
Dernier
mile...Criss que c'est long 1 mile à la marche. Il y a une fille à quatre
pattes qui vomi tout-tout-tout. c'est violent. Je ne peux m'empêcher de
penser qu'il doit bien y avoir un baker's cookie là-dedans. Un peu plus
loin, un gars couché sur le bord de la route est enveloppé dans une
couverture métallique. Entouré de 3 bénévoles, il est clair que le gars ne
finira pas. Dommage, il est si près du but. On entend l'animateur qui crie
au fil d'arrivée. Plus j'approche, plus cette voix forte résonne dans les
rues environnantes. La foule est compacte et très bruyante. Les lampes au
sodium donnent un éclairage un peu irréel. Là fuck les ampoules, la fatigue,
ou n'importe quelle autre excuse...je cours...je cours en tapant les mains
des spectateurs, en levant les bras au ciel. L'animateur hurle tellement
lorsque je croise le fil d'arrivée que j'ai vraiment l'impression d'être le
gagnant de cette épreuve. WOW ! Ce marathon m'a pris un très long 6h28. Pas
étonnant que j'ai des ampoules !! Un temps final de 15h07. Je ne me vanterai
pas de mon temps mais j,ai ma médaille. C'est tout ce qui compte.
Deux
bénévoles m'accueillent et me donnent cette fameuse médaille. Puis on
m'emmène un peu à l'écart pour me donner un bouillon de poulet.
Je suis
assis là à côté d'autres gagnants comme moi. Il y a beaucoup de bruit.
Pourtant, il me semble que pas un des participants ne parle. On est tous en
train de penser pour nous même. Un regard au ciel et je vois la lune. Il
fait chaud, humide..il est passé 22h. Je suis courbaturé, je suis
mentalement très fatigué... mais tout çà ne compte pas. Je suis ... un
IronMan !!
Chaque
Ironman est apparemment une expérience différente. J e ne changerais pas
celle-là pour tout l'or du monde. Mais le prochain sera abordé d'une manière
différente. Qui viendra avec moi ?!
François
Roy
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