dernière mise à jour: 2008-03-13 17:29   -

Récit de François Roy

 

Salut,

Voici donc comme promis à certain d'entre vous, un p'tit résumé des événements et des sensations qui se sont déroulées le dimanche 27 juin dernier à Coeur d'Alene, Idaho.

Ce projet a commencé tout doucement alors que je me suis inscrit pour mon premier 1/2 IronMan à Montréal il y a 2 ans. Faire un ironman, ç'avait l'air intéressant. Et plus on lis sur le sujet, plus on s'aperçoit qu'il y a une aura presque mythique autour de cette épreuve. Çà m'allait bien. J'allais pouvoir avoir des "bragging rights" à vie.

Après des inscriptions infructueuses à Penticton & Lake Placid, j'ai finalement réussi à m'inscrire au IronMan Coeur d'Alene. Puis j'ai sorti ma carte et je me suis rendu compte que c'était loin en criss ! Qu'à cela ne tienne, je me suis booké un billet d'avion en classe affaire et un magnifique motel holiday inn express..yeah !

Mon entraînement a souffert pas mal depuis cet hiver. Le volume était là mais pas avec la même intensité. Mais c'étais pas trop grave. Je n'avait plus d'objectif de temps. Faire ce IronMan était plutôt devenu une occasion de vivre une expérience de vie, de débuter un nouveau chapitre de ma vie, de ........bon j'pense que vous avez saisi.

22 juin - je shippe mon bike via FedEx. J'ai un peu peur que lorsque je remonterai ma bicyclette, j'aurai plutôt un rack à épice ! En plus c'est cher en maudit (325$ juste pour l'aller !)

23 juin - je pars de dorval...et je manque ma connexion à Chicago. BRA - VO ! Le lendemain, toute une procession commence (chicago-seattle-spokane puis finalement une ride en char jusqu'à Coeur d'Alene). çà me prend la journée. J'arrive fatigué mais heureux

24 juin - yeah, j'ai remonté mon bicycle comme il faut. Pendant que tout le monde se soule la gueule au party de la st-jean, moi je bois du gatorade pour le carbo-loading. Je me suis fais quelques amis et franchement, on a l'air d'une secte avec nos poudres secrètes.

Coeur d'Alene est une p'tite ville de riche. Un peu comme Tremblant mais sans grandes montagnes. Il fait autour de 95-100 F et un gros soleil nous plombe dessus.

25 juin - je vais chercher mon sac d'inscription. 1800 athlètes font comme moi. Mais IronMan North America est une grosse machine bien rodée. C'est moins pire que de faire la file au Grand Tour. Après avoir visité, d'innombrables tables (bracelet, photo, assurances, licence d'un jour, sacs de transitions, posters, ...c'est direction l'Expo.

L'Expo c'est un regroupement de grosses tente avec plein de commanditaires qui donnent des goodies et vendent leur marchandise. Le triathlète américain moyen gagne dans les 6 chiffres. Çà parait en maudit car c'est le royaume de la consommation. Tout le monde vend des p'tites bébelles censées te faire aller plus vite. Et la frénésie t'emporte facilement pour tout acheter ce que tu vois. J'en suis convaincu, il y a de nombreuses personnes qui regardent aujourd'hui leur coffee Mug ben laide à l'effigie du ironman et qui se demandent pourquoi diable ils ont acheté çà !! J'ai moi-même dépensé 300$ en un temps record. Mais bon, c'est un nouveau chapitre de vie alors ...

Je passe aussi la moitié de la journée à faire mes sacs de transitions pour aller les porter demain. C'est toute une discipline. J'ai l'impression que le ironman est déjà commencé

26 juin - tout le monde est supposé se reposer. Mais en me promenant en auto, il y a plein de gens en vélo ou qui ont l'air de courir pas mal longtemps. Ils vont certainement le regretter demain ! Moi je regarde ER, Judging Amy, ...puis je fais comme tout ces toto-pas-de-tête et je pars moi-aussi en vélo. Je reviens satisfais après une mini-ride. Maintenant au moins, je suis certain que mon vélo est en bon état de marche. Je vais porter mon bike et mes sacs de transition. Je tente de me coucher de bonne heure.

27 juin- 4h, je me lève au son du tonnerre et des orages électriques. Première réaction, mettre au rancard mes goggles fumée et sortir mes gogles transparentes. L'eau du lac risque d'être froide et noire ce matin ! Je mange mon gruau sans appétit. Juste avant de partir de ma chambre, je me dis que là j'ai le droit de commencer à être nerveux. J'arrive sur le site à 5h30. Y'a déjà plein de monde et une énergie qui est palpable. Mais étrangement, je suis très calme. Juste dropper les 5 sacs de transitions est une job en soit. Puis c'est le wet-suit et direction vers le lac. L'appel des athlètes a déjà commencé. Il y a PLEIN de spectateurs. J'ai l'impression que la ville en entier est là. Il me semble que j'oublie quelque chose mais bon..c'est probablement rien de grave.

6h45 L'hélicoptère nous survole en nous filmant. L'animateur parle d'une voix forte. Les nuages s'en vont comme si çà faisait parti d'un programme longuement répété. Tout les age-grouper sont sur la plage et les élites dans l'eau à 100 mètres du bord. Contrairement à mon 1/2 ironman, je suis pas nerveux. Comme le dit une réplique d'un film connu "Ignorance is bliss".

7h On part. 1800 personnes se jettent à l'eau. Je reste un peu derrière question de ne pas trop recevoir de coups pour rien...jusqu'à ce que je m'aperçoive que tout le monde veut faire comme moi. Y'a personne qui semble vouloir nager matin. Alors j'y vais. Y'a beaucoup de monde, l'eau est à 68 F. Je prend donc bien mon temps pour bien respirer et ne pas laisser la froideur de l'eau me couper le souffle. il y a 3.8km à faire (2 loops).

Çà fait pas 500m qu'on fait que déjà il y a un sauvetage près de moi. Un bonhomme hyper ventile complètement. La sécurité est assez tight mais il me semble que çà prend du temps avant qu'un kayak de sauveteur se pointe (imagine le bonhomme). Deux participants aident le presque noyé et tout le monde continue. Par 3 fois ce scénario se répète. Il y a un segment de près de 1000m ou les vagues sont plus prononcées. On nous a dit que c'était 110 pieds de creux à cet endroit (il y a des détails que l'on préférerait oublier ). J'alterne crawl, brasse et marinière. Mais plus çà avance, plus je fais de crawl. On dirait que je pogne le beat...hey j'aime même çà...hey je suis bon et je glisse dans l'eau...AH FUCK, IL ME RESTE ENCORE 1 LOOP !

Finalement, je sors de l'eau. Good, je suis pas dernier. çà m'a pris 1h37 ! Çà ressemble à ma prédiction. Je cours jusqu'aux peelers (des bénévoles qui t'enlèvent ton wet-suit). Puis go-go dans la tente pour se changer en kit de vélo et je pars en fou. La foule nous acclame. Il y a un crash assez grave. Moi je dois me forcer à ralentir. Après tout, il y a 180km à faire. je prend donc un swing de ma bouteille...AH FUCK, J'AI OUBLIÉ DE LES REMPLIR HIER..Stupide..stupide...stupide. je le savais que j'oubliais quelque chose ! Une vraie faute de débutant (puis je me dis que je suis justement çà..un débutant).

J'attend donc le 1er aid-station pour les remplir. Je dois m'arrêter pour çà. Heureusement, ce sont des Cheerleaders qui sont là. Ben tant qu'à se faire aider, autant que ce soit par une jolie fille. Je repars et çà va bien. Là je suis dans mon élément. Il fait très chaud mais couché sur mon vélo en titane , je roule, je grimpe, je file comme le vent. Après 90km, la peur me prend. J'ai une douleur très vive au pied gauche. j'ai peur à la fascéïte plantaire. Je m'arrête donc pour masser mon pied quelques minutes sous le chaud soleil pendant que d'autres compétiteurs me passent. Puis je redémarre mais seulement à une jambe durant 15 km. C'est pas évident mais çà paye. bon c'est vrai, j'ai du me traîner à 20 km/h durant 10km mais au moins, ma douleur au pied disparaît. Pas de crampes, pas de maux de dos. J'ai réussi à pisser en roulant. Je me suis crèmé en habitant car j'étais pressé. Je sens que j'ai un coup de soleil sur les bras et dans le dos. À un aid station, je demande donc à me faire crèmer. Une bénévole se pitche littéralement sur moi et m'enduit de crème pour ensuite me masser avec un plaisir évident. Un des phantasmes que j'avais à 15 ans vient de se réaliser !

Je roule conservateur mais je termine en bonne shape. Çà m'a pris 6h45 . Pas si pire étant donné mes arrêts et le parcours technique.

Bon, hop dans la tente pour un dernier changement en kit de course à pied. Il fait très chaud. Çà me tente pas du tout d'aller faire un marathon. Avec mes périostites, je dois absolument marcher l'entièreté de ce parcours. Je me permet quelques segments à la course mais pas beaucoup. Bien honnêtement, çà fait mon affaire (mais c'est un secret entre vous & moi). Beaucoup d'encouragements sur le bord de la route. Je fais mon premier 21 km sans réelles difficultés. À la vitesse où je vais, c'est pas trop surprenant. Mais à partir de là, les ampoules se mettent de la partie. Mes Compeeds me déchirent les pieds et c'est vraiment souffrant. J'ose pas enlever mes souliers de peur d'y voir beaucoup de sang. Malgré la douleur, je continue car c'est pas çà le pire. Je suis en train de bonker. J'en suis maintenant à 33km. Il commence à faire noir. Les gels, les pretzels, le coke, le bouillon de poulet...çà fait tout un mélange dans l'estomac qui ne passe pas. C'est comme si la bouffe se rendait pas au sang. Je marche en prenant de grandes respirations. Pour la première fois, je considère l'abandon. Pas p-c-q je veux lâcher mais plutôt p-c-q je pense que je vais tout simplement m'évanouir et qu'ils vont devoir me ramasser. Çà dure près de 1/2h. Puis je mange un baker's cookie. J'ignore si c'est circonstanciel ou si c'est vraiment le biscuit mais çà me ramène. Youppi, je n'ai plus qu'à me concentrer sur la douleur de mes ampoules. Mais au moins, je sais que je vais finir en bonne shape.

Dernier mile...Criss que c'est long 1 mile à la marche. Il y a une fille à quatre pattes qui vomi tout-tout-tout. c'est violent. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il doit bien y avoir un baker's cookie là-dedans. Un peu plus loin, un gars couché sur le bord de la route est enveloppé dans une couverture métallique. Entouré de 3 bénévoles, il est clair que le gars ne finira pas. Dommage, il est si près du but. On entend l'animateur qui crie au fil d'arrivée. Plus j'approche, plus cette voix forte résonne dans les rues environnantes. La foule est compacte et très bruyante. Les lampes au sodium donnent un éclairage un peu irréel. Là fuck les ampoules, la fatigue, ou n'importe quelle autre excuse...je cours...je cours en tapant les mains des spectateurs, en levant les bras au ciel. L'animateur hurle tellement lorsque je croise le fil d'arrivée que j'ai vraiment l'impression d'être le gagnant de cette épreuve. WOW ! Ce marathon m'a pris un très long 6h28. Pas étonnant que j'ai des ampoules !! Un temps final de 15h07. Je ne me vanterai pas de mon temps mais j,ai ma médaille. C'est tout ce qui compte.

Deux bénévoles m'accueillent et me donnent cette fameuse médaille. Puis on m'emmène un peu à l'écart pour me donner un bouillon de poulet.

Je suis assis là à côté d'autres gagnants comme moi. Il y a beaucoup de bruit. Pourtant, il me semble que pas un des participants ne parle. On est tous en train de penser pour nous même. Un regard au ciel et je vois la lune. Il fait chaud, humide..il est passé 22h. Je suis courbaturé, je suis mentalement très fatigué... mais tout çà ne compte pas. Je suis ... un IronMan !!

Chaque Ironman est apparemment une expérience différente. J e ne changerais pas celle-là pour tout l'or du monde. Mais le prochain sera abordé d'une manière différente. Qui viendra avec moi ?!

François Roy